La dépendance affective : Une relation au besoin de l'autre, au besoin de soi

 

Comment sait-on que l'on est en relation avec une dépendance ?

On ressent un inconfort douloureux qui tend à s'inviter lorsque la relation s'absente. L'inconfort, la souffrance, prend la place de la relation elle-même... en quelque sorte.

Elle a de nombreux effets sur les autres relations que la personne entretient : ses amis, sa famille, elle même. Bien souvent, elle affecte l’estime de soi en la dégradant et peut affecter l’estime des autres en  donnant un pouvoir démesuré à leurs présences.
 
On observe qu’elle peut être elle-même l’effet d’un sentiment d'insécurité, d'incertitude au sujet de sa propre valeur. Les croyances entretenues à propos de la façon dont on devrait être ou se comporter soi-même, les croyances sur les autres et comment ils devraient se comporter, soutiennent cette relation à la dépendance.
 
Dans l’intimité des consultations on entend des descriptions symptomatiques qui font état d’une grande crainte de vide ressentie lors des moments de solitude, d’une nécessité malaisante pour la personne à faire passer la présence de l’autre avant tout (quitte à se mettre dans des situations compliquées). Cela se manifeste souvent par une injonction à « faire plaisir » parfois tyrannique pour maintenir la présence de l’autre près de soi.
 
 
J’observe également un fort sentiment  "d’impossibilité"  à changer une  « nature »  que l'on croit
struc-tu-re-lle-ment     "dépendante"   avec concomitamment un réel espoir de changement qui fait très peur… Pourtant, le sentiment d'impossibilité n'est pas total, puisque la personne est assise, là, devant moi, et c'est là que réside l'Espoir. Le corps fait état de panique à l’évocation d’une possibilité de changement… et bien d’autres effets peuvent se faire sentir évidemment : anxiété, symptômes dépressifs, angoisses, troubles obsessionnels, désirs contradictoires (désir de sortir d’une relation, désir de maintenir une relation), etc.
 
La personne, dans la vie de laquelle un tel processus s'active, réussit à faire fi de déséquilibres importants dans ses relations, elle réussit à rester sous emprise de personnes aux comportements passablement maltraitants... Tout n'est donc pas  "raté"  puisqu'il y a effort et réussite à maintenir une espèce d'équilibre relationnel là où l'on pensait échouer totalement ... Il importe d'enquêter sur les compétences mobilisées pour cette mise en œuvre et sur les valeurs et croyances qui soutiennent cette équilibre, si précaire soit-il. 

 
Le premier pas motivant souvent une prise de contact avec un professionnel est le sentiment de subir un état relationnel souffrant et déséquilibré dans l’échange, et, le secret espoir de réactiver sa capacité à choisir ses relations, d’accéder à plus de liberté et d’indépendance.

La relation thérapeutique permet de rendre visible d'autres territoires où ces espoirs et compétences sont vivants, d'autres moments où l'on a pu vivre de façon très connectée aux valeurs qui nous sont chères : ces moments là sont riche d’enseignements sur comment on peut regarder différemment notre relation au problème afin de retrouver la liberté de vivre et faire vivre ses espoirs.